LE CODE MORAL

Quand les responsables du Judo Aïkido Mazamet ont décidé en début de saison 2021-2022 de réaliser des chroniques sur la vie du club et du judo en général, il est apparu évident et nécessaire d’évoquer le Code Moral du Judo, affiché dans tous les dojos de la FFJDA.

Première surprise, lors d’une conversation sur le sujet. C’est la découverte que le Code Moral était en fait une initiative française, née de la décision de judokas nationaux, désireux de renforcer le sérieux de la discipline, en l’assurant avec la rigueur morale venue à travers le temps, du monde des Samouraïs.

Deuxième surprise: Son apparition officiellement date de 1985.

Sa réalisation est l’œuvre de Bernard Midan, 8eme dan, (1917-1994). Élève de Roger Piquemal à Paris, il suivra de nombreux stages avec Maître Ichiro Abe.

Créateur du Judo club du Rhône à Lyon, il deviendra aussi un cadre apprécié et estimé de tous dans la Ligue Sud-Est.Il créera donc le Code Moral en 1985, avec l’aide de Maître Awazu. Il empruntera l’esprit émanant du Code d’ honneur du Collège des ceintures noires sur la proposition de son président national, vice -président de la Fédération, Jean Lucien Jazarin (1900-1982), à qui sera décerné le 7eme dan à titre posthume. Ce code s’était lui-même inspiré du Bushido (1899) rédigé par Inazö Nitobe, (1862-1933), écrivain, agronome et juriste japonais.

Troisième surprise: Les sources de ce Code Moral sont en partie chinoises, en partie hindoues. Il apparait donc, que la culture japonaise n’ait eu qu’une influence relative sur son élaboration.

Sept grandes vertus Confucéennes associées au Bushido: ( Bushi: Brave guerrier. Dô: La voie.)

Le Code Moral du Judo est composé des 8 vertus suivantes:

Il est remarquable de constater que le Bushido, lui aussi, s’ est donc nourri de deux philosophies d’origines étrangères au Japon.

-Celle de Confucius, penseur chinois (551-479 avant J.C. ).

-L ’hindouisme né aux Indes.

( Le Shintoïsme, religion japonaise, partagée par près de 90 millions de japonais sur une population de 125 millions d’habitants, a aussi une certaine influence, par son côté animiste.)

La mentalité japonaise devait être canalisée, pas toujours avec succès comme l’histoire le démontrera, mais nous-même en avons-nous tiré toutes les leçons ? Même si nous en avons admis le côté positif, avec les enseignements prodigués par Jigoro Kano et ses disciples.

Il est intéressant d’étudier la constitution et le pourquoi de chacune de ces vertus.

LA POLITESSE

Elle assure la toute première communication avec son interlocuteur, dans la vie de tous les jours..

En judo,le cours commence et s’achève avec le salut du Dojo, ensuite celui dû au Maître. De même,chaque combat commence et finit de cette façon. La politesse impose aussi le silence durant le cours pour ne gêner personne et permettre d’ assimiler dans les meilleurs dispositions les leçons du professeur.

Cette vertu favorise aussi les autres règlements du Code.

LE COURAGE

Le courage est respecté. La peur est méprisée. D’ailleurs une phrase favorise l’effort pour passer au-delà de ce problème:

« La peur n’éloigne pas le danger. »

Qu’il en reste quelques traces pour éviter l’abus de la témérité, est sans doute un point positif.

En judo, la crainte de l’adversaire est relativement limitée. Les règles régissant les confrontations obligent chacun des combattants à respecter l’intégrité de l’adversaire.

LA SINCERITE

Le problème de cette qualité est de la confondre avec la Vérité. Comme le dit tout un chacun, on peut tromper l’autre avec une fausse vérité, dite en « toute sincérité ». La vérité ne va pas de soi. C’est notre esprit qui s’exprime, en toute honnêteté, mais sans l’assurance de la réalité.

En judo, être sincère c’ est un jugement que l’on porte sur soi et les autres. On peut sincèrement s’entraîner, ou croire en un autre,mais on peut se tromper sur un objectif. Alors pour se rattraper, on va se reprendre et tout faire pour approcher la Vérité.

LA MODESTIE

Elle est parfaite derrière la sincérité. Avec la sincérité, c’est en toute modestie que l’on reconnait ses erreurs. Ce n’est pas l’humilité. C’est mettre un frein à son égo. D’ailleurs la vraie modestie c’est reconnaître ses défauts, mais aussi ses qualités, en toute logique. Sinon, c(est de la fausse modestie, et ce n’est plus une qualité.

Pour un judoka, elle lui assurera de connaître ses limites, et de rechercher le meilleur moyen pour les dépasser, sans se morfondre vainement sur ses manques.

LE CONTRÔLE DE SOI

Cette vertu est essentielle sur un tatami, mais c’est une excellente chose de le pratiquer aussi souvent que possible dans la vie de tous les jours. Cela demande de travailler un élément complémentaire, lui aussi, très important:

La maîtrise de soi.

Il faut garder son libre-arbitre, pour rester en pleine possession de ses moyens notamment en cas de risque, de panique ou de danger.

Le contrôle de soi n’est pas seulement un idéal moral, c’est un pouvoir, une puissance mentale à acquérir et à développer.

LE RESPECT

Valeur à priori à la mode. On réclame le respect de la part de l’autre. Mais, comment justifier cette exigence, si elle n’est pas comprise, avec la réciprocité ? Ce doit être un regard totalement dénué d’orgueil pour soi et de mépris pour l’autre.On doit manifester du respect à son Maître, mais lui-même le mérite t’il s’il ne vous respecte pas et vous traite en quantité négligeable ?

Le jour où son rang de Premier disparaîtra, son attitude passée influencera celle des anciens subordonnés, sur ce qu’ils ont pu ressentir. Le respect ne doit pas être subi, mais reconnu et accepté par l’apprenti, plus facilement si le Maître a su se montrer bon, attentif et compréhensif.

Grâce à une attitude de correction, le Maître même amoindri par l’âge restera une personnalité respectée.

Le respect est donc une valeur qui se partage.

L’ HONNEUR

La noblesse de l’âme. Agir, vivre et penser suivant une éthique de morale qui devra conserver toujours le pas sur la facilité, ou l’abandon devant l’adversité. Décider ce que l’on croit juste et conserver cette voie quoiqu’il en coûte. Un combattant honorable, conserve son honneur même si le sort de la bataille lui est défavorable. Rappelons- nous de cette réplique célèbre, même si légèrement différente de l’ authentique, prêtée à François 1er  » Tout est perdu fors l’honneur. » Cette phrase a au moins le mérite de démontrer que même dans les pires moments, il peut encore rester quelque chose pour soulager quelque peu son esprit, mériter le respect de son adversaire, et envisager avec une nouvelle foi en soi, un redémarrage et des lendemains plus glorieux.

On peut se poser la question quel était la part de l’honneur et celle de l’orgueil qui pouvait amener les Samouraïs et leurs successeurs, soldats de l’Empire, à pratiquer le Hara Kiri, afin de ne pas survivre à leur défaite de leur vivant. Après tout, l’honneur n’est-il pas de savoir supporter les évènements quand ils vous sont contraires, et de vouloir réagir pour un futur meilleur ? Cette fin désirée et provoquée n’est-elle pas une fuite devant sa responsabilité, au détriment de l’ honneur ?

La vie de l’ humanité est jalonnée de plus de nombreux temps de guerre, que de temps de paix. Alors, autant faire face, car finalement l’existence est plus difficile pour celui qui ne se bat pas.

Le judo a cet avantage: Les adversaires doivent donner le meilleur d’eux-même dans la confrontation, mais si les règles sont là pour reconnaître le vainqueur, elles l’obligent aussi à respecter le vaincu. Une victoire, c’est un moment. L’honneur du vaincu est de réagir pour surpasser ce moment et tout faire, physiquement, mais aussi moralement et mentalement pour se donner les moyens de parvenir à une double victoire dans l’avenir: Sur son adversaire, et sur lui-même . La roue tourne.

L’ AMITIE

« Qu’il est pauvre celui qui n’a pas d’ami. »

Cette phrase résume bien ce que représente l’amitié. Mais c’est vrai que trouver un ami est souvent le fait du hasard. L’ami, c’est celui à qui on peut tout dire, même le côté déplaisant. Pourquoi, parce que l’amitié implique de connaître les qualités et les défauts de l’autre. Là aussi la réciprocité est de mise.

En judo, on n’est pas sur le tatami pour éviter la confrontation entre personnes proches l’une de l’autre. Au contraire, on fait tout pour être le meilleur sachant que de toute façon, le combat se terminera avec une accolade entre sportifs qui partagent estime et amitié. C’est souvent là, d’ailleurs que nombre d’amitiés naissent.

Montaigne disait de son ami La Boëtie: « parce que c’était lui, parce que c’était moi ».

On n’explique pas les sentiments, et on ne saura jamais vraiment pourquoi c’est lui et moi, et moins un autre dont peut-être tout semblait nous rapprocher davantage.

En Judo, en cas de doute ou de désintérêt passager , la présence d’un ami, est sans doute le meilleur moyen d’ aider à supporter et passer un mauvais moment.

A l’analyse des différentes vertus portées sur le Code Moral du Judo, il apparaît finalement que chacune d’entre elles a besoin des autres pour exister.

Après quelques tentatives mentales d’ éliminations, on a très vite la conviction que si l’une n’est plus présente, l’ensemble devient boiteux.

Par contre, on peut aussi penser que ce Code Moral est très bien pour nos disciplines d’Arts Martiaux, mais pourquoi s’en priver une fois parti du Dojo ?

En appliquant cette nouvelle donne dans la vie de tous les jours, cela pourrait représenter un apport d’une qualité indéniable dans tous les moments de notre existence quotidienne.

Cela pourrait rejoindre la leçon d’un célèbre philosophe et non moins célèbre escrimeur japonais, Miyamoto Musashi, (1584-1645):

« Il n’existe rien à part toi-même qui puisse te rendre meilleur, plus fort, plus riche et plus intelligent.

Tout réside en toi, tout existe.

Ne cherche rien en dehors de toi-même.

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