Disparition de Ichiro Abe

Depuis le 27/02/2022, le monde du Judo est en deuil.

Ichiro Abe, 10eme dan de cette discipline, le Maître reconnu parmi les plus grands disciples de Jigoro Kano, disparaît à 99 ans.

Son parcours exceptionnel de sportif, d’enseignant et de dirigeant international, aura marqué énormément de judokas japonais bien sûr, mais aussi, beaucoup d’autres nationalités, durant les soixante-dix-sept ans qu’il aura consacrées à cet Art Martial. 

Il appréciera en particulier et avec beaucoup de satisfaction, la manière avec laquelle les judokas de notre pays ont adopté son enseignement, et ce qu’il en est résulté. Il le fera savoir. Nous verrons aussi, dans cette chronique l’impact très personnalisé qu’il a eu sur la vie de notre club.

Ce grand judoka est arrivé en France pour continuer à pratiquer cette discipline qui lui a apporté beaucoup, et à laquelle il aura  beaucoup donné en retour. En effet, les Autorités américaines occupaient le Japon après la capitulation de celui-ci en août 1945. Elles ont interdit la pratique des Arts Martiaux, car elles estimaient que cela développait l’esprit guerrier et l’agressivité chez les  japonais. Après la dure guerre qui a opposé les deux nations, cela leur paraissait difficilement acceptable. Il faudra attendre un certain temps avant que les Dojos japonais puissent rouvrir et fonctionner à nouveau.

Donc, les plus gradés des enseignants ont quitté momentanément leur île pour l’Europe, et la France en particulier.

Maître Abe, 6eme dan à l’époque, a donc rejoint la région toulousaine où se trouvaient les frères Lasserre, et il a débuté son enseignement dans leur Dojo, le Shudokan. 

Monsieur André Adam, fondateur en 1952 du Judo club de Mazamet, avait commencé à s’entraîner depuis quelques années auparavant, à Castres. Mais toutes les semaines, dès 1951, il rejoignait Toulouse et le Dojo des Lasserre, suivre les cours du Maître. Il y restait très tard, et la plupart du temps, il dormait à même le tatami, avant de rejoindre au petit matin ses pénates mazamétaines pour remplir ses obligations de kinésithérapeute. Tant que Maître Ichiro Abe a été toulousain, il a continué de la même manière.

Le destin a provoqué peu d’années après, la fin de leurs rencontres, avec le départ du Maître vers d’autres obligations et responsabilités, en France et en dehors de l’hexagone.

Leurs retrouvailles auront lieu à Réalmont, en 1996. Maître Ichiro Abe a gratifié les judokas tarnais d’une démonstration de kata, le GOSHIN JUTSU NO KATA, avec Maître Jacques Seguin comme Uke. Un moment inoubliable pour tous et doublement inoubliable pour Monsieur André Adam, se présentant devant Ichiro Abe, celui-ci le reçut, très surpris de le retrouver quelques 54 ans après, par un: « OH, Adam ». De leur conversation, je n’ai retenu que cela, mais tous les deux étaient très émus. 

J’ ai pu parler quelques secondes avec notre visiteur japonais en lui demandant de signer le passeport d’un des nôtres, passablement intimidé pour le faire lui-même, ce qui m’a amené à regretter ad vitam aeternam d’avoir oublié le mien.

La proximité amicale, l’estime que Maître Abe et Maître Seguin se sont porté, ainsi que leur amour commun de cette discipline, nous ont permis d’avoir régulièrement des nouvelles, lors de voyages au Japon de Jacques Seguin, qui nous faisait rêver  en évoquant leurs rencontres au Kodokan, le Temple du Judo, ou dans des soirées plus intimes. Combien de fois l’avons-nous évoqué avec notre Maître français, quand il vient nous faire bénéficier de son savoir-faire et de son immense talent au 63 rue des Cordes ?

Voici très succinctement résumés les modestes souvenirs qui nous rattachent à ce grand Monsieur du bout du monde, parvenu au 10eme dan  en 2006 dans son Art, qui aura été pour nous et tant d’autres amoureux du Judo, un exemple qui malheureusement, n’est plus parmi nous, mais restera toujours vivant que  nos mémoires.

Pour finir, voici sa citation préférée : « Si tu es jeté six fois, relève-toi sept fois. »

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